Le sous-lieutenant Emile Launay 1889-1914

 

 

 

Né le 18 mai 1889 à Laval. Fils de Monsieur Emile Launay, chef de bataillon au 71e régiment d’infanterie, ancien combattant de 1870/1871 et décédé en 1905. Etude à Saint Charles (1893-1901) de Saint-Brieuc puis à Saint-Vincent de Rennes (1901-1907). Engagé volontaire pour 3 ans en 1907 à la mairie de Laval. Sergent au 124e RI en 1911. Ecole Militaire d’Infanterie promotion « Lutzen 1912-1913 », rang 212 sur 259 élèves. Sous-lieutenant au 115e RI le 1er octobre 1913.

 

L’officier accueille avec enthousiasme la déclaration de guerre. Il écrit le 1er août 1914 à sa mère : « L’ordre est arrivé ce soir. Inutile de te dire qu’officiers et soldats prennent fort bien la chose. Quant à mon « grand » je suis persuadé qu’il est aux anges : depuis le temps que nous préparons tout, si patiemment, dans tous les détails ! Combien d’officiers, et papa entre autres, ont-ils disparus avec regret en pensant à la revanche ! »

 

Le 5 août 1914, le 115ème régiment d’infanterie quitte Mamers pour se porter aux frontières. Il fait partie du 4eme Corps d’Armée (8eme Division, 16eme Brigade). Le régiment est sous les ordres du Colonel Paul Gazan, Saint-cyrien de la Promotion « La Grande Promotion 1874-1876 », breveté d’Etat Major ayant suivi les cours de l’Ecole Supérieure de Guerre. Le jour du grand départ l’atmosphère est électrique. Le camarade d’Emile, le sous-Lieutenant de réserve Olivier Guilleux, note dans ses carnets : « Aux haltes, il était très difficile de maintenir l’ordre, les soldats sortaient dans les gares, avaient toujours quelque chose à acheter, des conversations s’engageaient avec les civils. Partout, on nous acclamait (…) ».

Débarqué à Verdun, le régiment ne connaît d’abord que des missions défensives. Il stationne à Gremilly, Azannes, Romagne-sous-les-Côtes. Cette attente frustre les jeunes officiers pressés d’en découdre : « Ce matin, lever à trois heures, nous avons attendu l’ennemi en vain. Pas même un Uhlan. Décidément, la guerre ce n’est pas sérieux » écrit, désabusé, Olivier Guilleux à la date du 10 août. Il ajoute le lendemain : « Sans doute sommes-nous fiers d’appartenir au 115e, mais, nous envions un peu les régiments déjà engagés qui se sont couverts de gloire ». Probablement fait-il ici référence au combat de Mangiennes du 10 août au cours duquel le 130eme régiment d’infanterie de Mayenne a subi d’énormes pertes en se lançant inconsciemment à l’assaut. Cependant, ce sentiment de courir vers la gloire est unanimement partagé. Félix, le frère d’Emile, envoie le 14 août quelques mots à la famille : « Tout le monde est plein d’espoir pour l’avenir. Je ferai vaillamment mon devoir en pensant à mon père ».

Marches et contre marches alternent. Les hommes souffrent sous la lourde capote de drap bleu modèle 1877. A l’étape, les officiers de la 7ème compagnie n’ont guère de temps pour eux : « J’ai oublié mon rasoir, je m’en console en pensant qu’un menton barbu ça fait plus martial. Mon capitaine a une barbe poivre et sel qui lui donne une figure si drôle qu’il en rit lui-même. Launay, mon camarade sous-lieutenant a une barbe d’or frisottée » souligne Guilleux. On retrouvera étrangement cette symbolique de la barbe chez un autre officier, le sous-lieutenant Robert Porchon, camarade de Maurice Genevoix au 106ème de ligne : « Mais aussi si tu voyais ma barbe » écrit-il à sa mère en janvier 1915, «  ça me donne de l’autorité (…) ».

 

 

  

La veste du sous-lieutenant Launay 

 

 

 

 

Le patronyme apparait encore inscrit au crayon

 

 

Le 21 août 1914, enfin ça y est ! Le 115ème RI quitte Delut au petit matin pour marcher vers la frontière belge. Les ordres sont d’occuper Virton et d’en garder les débouchés. Sous une chaleur lourde, le 2ème bataillon du commandant Graff s’installe sur la route d’Ethe, en avant poste. La 7ème compagnie prend cantonnement dans un couvent de religieuses. « Le capitaine Frère, Launay et moi dînons silencieusement. Pourtant, notre menu préparé par des religieuses est abondant, varié, excellent, bien arrosé de vin et de bière. Le capitaine Frère nous confie en secret que nous prenons l’offensive et que nous marchons dans la direction d’Etalle, qu’à notre gauche, la bataille fait rage. Demain, il faudra se battre. Nous nous quittons sur de fortes poignées de mains ». Pourtant personne à l’Etat Major ne croie à un combat sérieux. L’ordre d’opérations pour le 22 présente la marche à exécuter comme un simple changement de cantonnements, malgré les appels à la prudence des habitants.

A Virton, la 7/115 va être relativement épargnée. Retranchée sur la route d’Ethe, elle n’aura pas à monter à l’assaut des positions allemandes. Le 23 août, le régiment se porte sur Mont-Quintin. Puis c’est la retraite derrière la Meuse. Le 27, le 115e régiment d’infanterie est encore engagé à Doulcon. Le 1er septembre, le 4e corps d’armée est relevé par le 6e. Le régiment a déjà subi de lourdes pertes.

 

Le 6 septembre, le 115 est lancé dans la bataille de la Marne. Emile Launay écrit le 11 du même mois: « Nous poursuivons les allemands qui se replient en vitesse devant nous. Du train où ils vont, il n’y en aura bientôt plus en France. » Après une succession d’ordres et de contres ordres, il franchit l’Oise au pont de Montmacq le 14 septembre. Remontant par Tracy-le-Mont, Tracy-le-Val et Carlepont, Le 115e RI est arrêté devant Pontoise le 15 au soir. « Le 2e bataillon, qui, à partir de Hesdin n’a pas suivi le mouvement du régiment, marche vers Cutz et passe la nuit près de ce village » nous apprend le JMO. La section Guilleux s’égare alors et perd le contact avec la compagnie lors de la traversée du bois. « Je suis à l’extrême gauche. C’est Launay et le capitaine Frère placés à droite qui assurent la direction ». C’est la dernière fois que les trois hommes se sont vus. Le sous-lieutenant Guilleux est blessé le 16 septembre dans le secteur de la ferme Le Mériquin puis fait prisonnier.

Le même jour le capitaine Frère est tué alors que la 7e compagnie est engagée du côté de Caismes. C’est le sous-lieutenant Launay qui prend le commandement de l’unité.

 

A partir du 20 septembre, c’est la course à la mer. La 8e division se porte vers Roye, traversant l’Aisne à Choisy-au-Bac. Roye est conquis le 22 vers midi.

Le 23 septembre, le 2e bataillon cantonne à Gruny.

 

 

 

 Fond de carte, SHD Terre 26 N 109

 

 

Le 24 septembre, le 115e se rassemble vers 6 heures au sud de Thilloy. A 11 heures, ordre est donné au 1er bataillon de se porter entre Fonches et Hattencourt (sur la croupe pour barrer la route Paris-Lille) au 2e bataillon d’occuper le sud de Crémery, et au 3e bataillon de stationner à Sept-Fours.

Voici le récit des combats donné par le JMO :

- 13h30 : le 1/115 ne peut atteindre Hattencourt et se fixe dans des tranchées à l’ouest de Liancourt

- 14h00 : le 2e bataillon reçoit l’ordre d’aller occuper une position en avant de Crémery, face à Liancourt et au bois de Liancourt. Crémery est violemment bombardé et les pertes sont considérables

- 15h00 : le 117e ayant évacué ce bois, le 3e bataillon est attaqué. Il envoie le peloton de la 11e en repli derrière lui

- 16h00 : le 3/115 évacue Sept-Fours. La 6e compagnie contre attaque sur Liancourt. Le sous-lieutenant Niot est tué et une partie de l’unité faite prisonnière.

- 16h30 : le 2e bataillon est attaqué puis débordé sur sa droite (Capitaine Menez blessé, sous-lieutenant Launay tué) et est obligé de se replier sur la ferme de l’Abbaye et Gruny.

 

En réalité, le sous-lieutenant Emile Launay sera porté disparu. Dans le procès-verbal d’audition de témoin rédigé en juillet 1915, il est précisé que l’officier a dû être tué. Le témoin, le sergent Benoist Henri de la 7e compagnie, affirme que son chef a été tué d’un éclat d’obus. Ses hommes essayèrent en vain d’emporter son corps. Mais les allemands avaient déjà conquis le terrain.

 

 

 

 

Plaque du souvenir en l'église Saint Vénérand à Laval

 

 

 

 

Emile Launay sera cité à l’ordre du corps d’armée : « Jeune officier, plein de courage, très aimé de sa troupe. Tué le 24 septembre 1914 à Roye (Somme), en portant sa compagnie à l’attaque ».

 

 

Sous-lieutenant Félix Launay

 

 

Félix Launay, frère d’Emile, né à Paris en 1885 et sous-lieutenant au 73e régiment d’infanterie, sera tué le 6 septembre 1914, quelques jours à peine avant son cadet.

 

 

 

 

 

« La Grande Guerre d’Olivier Guilleux », Geste éditions 2003

« Carnets de route », sous-lieutenant Robert Porchon, La Table Ronde 2008

Historique du 115e régiment d’infanterie 1914-1918

Livre d’Or du lycée Saint Charles de Saint-Brieuc

JMO du 115e régiment d’infanterie, SHD Terre 26 N 681

 

 

 

 

 

 

 



30/01/2011
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