Lorsque l'Histoire refait surface

 

 

Voici des photographies restées à ce jour absolument inédites. En effet, à notre connaissance, aucun cliché n'a été publié jusqu'à aujourd'hui sur le départ des régiments mayennais en 1914. Il en existe probablement, enfouis au fond de cartons poussiéreux qui resurgiront un jour ou l'autre par la volonté d'un dénicheur obstiné ou d'un collectionneur fou.

Ceux que nous vous présentons aujourd'hui ont été retrouvé par un ami, marchand d'objets militaires. Qu'il en soit ici chaleureusement remercié.

 

 

 

 

 

1- Le matériel

 

Il s'agit en réalité de plaques de verre de dimension variable. Certaines (les plus nombreuses) font 120x90mm. D'autres sont plus petites, 100x85mm. La plupart sont conservées dans leurs boites cartonnées d'origine. Les Fabricants sont divers : Guilleminot à Paris, Lumière et Jougla à Joinville-Le-Pont. Nous avons à la fois des plaques à l'Iodo-Bromure d'Argent et des plaques au lactate d'argent.

Si nous en connaissons le propriétaire, Mr Fernand Dubois, grâce à certaines marques au crayon sur quelques boites, rien ne prouve qu'il en soit l'auteur, même si cette hypothèse reste la plus sure.

 

Le lot contient plusieurs centaines de clichés. Seuls quelques dizaines représentent des scènes militaires. Parmi celles-ci, des soldats de la brigade russe, de l'armée polonaise et des personnels de la marine Américaine à Laval. Un cliché montre une colonne de prisonniers Allemands traversant la ville.

 

2- Les photographies représentant le départ du 324e RI

 

8 prises de vue montrent le 324e régiment d'infanterie partant pour le front. Grâce à la prévoyance de Mr Dubois, nous connaissons la date exacte des photographies. Une mention « guerre de 1914 – le départ du 324 » laissée au crayon de bois sur une boite cartonnée, et une seconde à l'encre sur une plaque « guerre de 1914 – 9 août départ du 324. Le sort réservé à Guillaume » nous indique précisément le jour des prises de vue.

 

Formé à 2 bataillons, le 5e et 6e, le 324e régiment d'infanterie placé sous le commandement du Lieutenant-Colonel Clédat de la Vigerie quitta Laval, sa garnison de mobilisation le 9 août 1914 en deux éléments :

 

  • Etat-Major et 5e bataillon à 11h08

  • 6e bataillon à 18h08

 

 

Pendant la période de mobilisation, le régiment à occupé en ville les emplacements suivants :

 

  • 17e,18e et 19e compagnies au lycée

  • 20e compagnie et compagnie hors rang à l'ancien évêché

  • 21e, 22e et 23e compagnies à la Maison Saint-Alphonse, 37 boulevard de Tours

  • 24e compagnie au Cercle Catholique, boulevard de Tours.

 

 

Le matin du dimanche 9 août 1914, une messe spéciale avait été mise à la disposition du 324 au Séminaire et à la Maison Saint-Alphonse.

Les militaires casernés au Lycée (17e, 18e et 19e compagnies) quittèrent les bâtiments vers 8h30. Une foule nombreuse assista à la présentation du drapeau faite par le Lieutenant-Colonel de la Vigerie sur la Place Hardy de Lévaré à la portion du 324 qui s'embarquait la première (EM et 5e bataillon). C'est le lieutenant Colin qui portait l'emblème du régiment. Le drapeau arriva avec la 20e compagnie et la CHR de l'ancien évêché. On criait « Vive la France ! Vive l'armée ! Vive le 324 ».

Les hommes prirent ensuite le chemin de la gare, couverts de fleurs et de verdure. Au passage place de la Mairie, certains entonnèrent la Marseillaise.

 

Le départ de la seconde portion (6e bataillon), casernée dans divers bâtiments du boulevard de Tours fut tout aussi acclamé. L'avant garde avait mis des petits drapeaux aux canons de ses fusils. A la gare, des gerbes de fleurs avaient été offertes aux officiers et au porte-drapeau. Lorsque les trains passèrent sous le pont de Paris, une avalanche de fleurs s'abattit sur eux.

 

Ces photographies sont donc absolument essentielles : elles témoignent du départ et de l'embarquement du 324e régiment d'infanterie le 9 août 1914. Dans 15 jours, les hommes seront engagés à Spincourt et subiront de lourdes pertes. Que deviendra celui-ci, celui-là ou tel autre ?

 

 

3- Quels éléments embarquent ?

 

Nous savons avec certitude qu'il s'agit du dimanche 9 août 1914. Mais quelles sont les unités que nous apercevons à l'image ?

Plusieurs détails peuvent nous éclairer :

 

 

 

 

 Plan in Guide Michelin 1935

 

 

 

a) La seule photographie montrant les hommes hors de la gare est parlante à plus d'un titre. La scène se situe vraisemblablement sur le pont Aristide Briand franchissant la Mayenne. Les hommes montent en direction de la gare. Or, le 6e bataillon étant caserné sur la rive gauche de la Mayenne (voir plan) et n'ayant donc pas à passer la rivière pour gagner la gare, il ne peut s'agir que des éléments du 5e bataillon et de l'EM ayant leurs quartiers sur la rive droite.

Par ailleurs, l'ombre portée du photographe nous indique qu'il avait le soleil dans le dos. Après vérification sur place, il s'avère que le cliché n'a pu être pris qu'en milieu ou fin de matinée, c'est à dire au moment du départ de la première portion.

 

 

 

b) Une inscription sur un wagon portant la mention « 108 brigade, Etat-Major ». Le 324e RI constitue en effet, avec les 303e et 330e RI la 108e brigade commandée par le Général Buisson d'Armandy. Tout laisse donc à penser que nous avons à faire sur ce cliché à des éléments de l'EM du 324, partis avec la première portion.

 

 

 

c) Par ailleurs, une photographie montre un groupe d'officiers entourant un religieux sur le quai de la gare. Visiblement, notre homme est un aumônier. S'agit-il de l'abbé Perrin, aumônier de la Jeunesse Catholique de la Mayenne désigné le matin même comme aumônier du 324 ? La presse locale de l'époque nous apprend qu'il partit avec le premier train du 324. Une photographie d'identité de 1941 indique une certaine ressemblance entre les deux individus, pour ne pas dire plus.

 

Tous ces éléments se rejoignent et tendent à penser que les photographies de Mr Fernand Dubois illustrent effectivement le départ du 5e bataillon et de l'EM du 324e régiment d'infanterie vers 11h00 le dimanche 9 août 1914. C'est donc un témoignage capital sans équivalent connu à ce jour.

 

 

4 - Les photographies

 

 

 

 Les hommes remontent vers la gare en franchissant le pont Aristide Briand.

En bas du cliché, l'ombre du photographe.

 

 

 

 

 Les voitures sont chargées sous bonne garde.

 

 

  

 Les hommes embarquent avec tout leur paquetage.

 

 

  

 La bonne humeur règne. On dessine à la craie sur les wagons. Ici "Guillaume est foutu"

 

 

 

 Autres types d'inscription.

 

 

 

 

 Sans doute les voitures des officiers. Des bouquets de fleurs apparaissent aux fenêtres.

 

 

 

 

 La pose avant le départ. Les visages sont graves.

 

 

 

 

 

 

Trois officiers prennent la pose avec l'abbé Perrin. Sur le képi des deux lieutenants on peut encore lire le numéro 124.

Sont-ils des cadres de réserve ou des officiers du régiment d'active ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Historique du 324e RI

  • JMO du 324e RI, SHD Terre, 26 N 750

  • L'Echo de la Mayenne, Archives Départementales de la Mayenne 1 Pe 34

  • La Mayenne, Archives Départementales de la Mayenne, 1 Pe 84

  • Laval-Républicain, Archives Départementales de la Mayenne 1Pe 54

 

Toute reproduction interdite sans accord préalable.

 

 

 

 

 



22/09/2012
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