L'attaque du 4 novembre 1914

 

Depuis le début du mois d'octobre 1914, la 15e brigade (124e et 130e RI) veille sur le front de Somme. C'est la fin de la guerre de mouvement. Le 124 s'établit à l'est de Guerbigny, le 130 occupe le secteur d'Erches.

Le 4 novembre 1914, le 4e CA monte une attaque contre la ligne côte 94/Andechy sur la demande du général d'Infreville commandant la 8e DI. Les troupes désignées sont la 15e brigade, les 102 et 103e RI, l'AD8 et une partie de l'AC4.

 

La 15e brigade fera mouvement par régiments accolés : le 124e RI attaquera entre la route Guerbigny/Andechy et le ravin au S.O d'Andechy ; le 130 au nord de cette dernière, route incluse.

Ils auront pour objectifs les lisières ouest et sud-ouest d'Andechy et les tranchées qui les précèdent.

Un bataillon du 130 (le 3/130 du capitaine Baulmer) sera en réserve de division dans le ravin à l'ouest du bois 94. Un bataillon du 124 (le 3/124 du cdt Moriceau) sera en réserve de brigade dans le ravin au nord du bois 94.

Le 102e RI attaquera la lisière sud d'Andechy en partant du ravin de l'Avre dans la zone comprise entre le ravin sud-ouest et le bois situé au nord-est du moulin.

L'action partira des tranchées/abris établies par le génie en avant du front. Les tranchées de 1ere ligne désignées pour le 130 sont occupées par 2 bataillons du 315e RI. Celles du 124 par 2 bataillons du 317e RI. Pendant l'exécution, le 1/130 se tiendra en relation étroite avec le 124e RI attaquant par le ravin de la côte 94.

Le 1/130 se porte à 5h00 dans une tranchée incomplètement terminée et construite la veille par le génie. Trois compagnies seulement peuvent y tenir.

Le 124e est en position depuis 3h00 du matin.

Vers Andechy et Villers-lès-Roye c'est une plaine à larges ondulations coupées de boqueteaux1

 

 

 

 

Fond de carte SHD Terre 26 N 109

 

 

 

L'opération doit débuter par un matraquage intense de l'artillerie sur les positions allemandes. Le feu des pièces françaises et le mouvement en avant de l'infanterie doivent se déclencher simultanément. L'action doit être brusque. L'heure d'attaque d'abord fixée à 7h00 doit être retardée en raison d'un épais brouillard. Une éclaircie à 10h30 permet de lancer l'opération. Une violente canonnade d'une ½ heure s'abat sur le village et les tranchées ennemies. Les batteries du 31e RAC sont reliées téléphoniquement avec les tranchées de 1ere ligne des 124 et 130e RI. Elles doivent allonger leurs tirs progressivement pour former un barrage.

 

 

A 10h45, les 2 bataillons du 130 sortent de leurs tranchées. Le bataillon Manet (2e) se place à gauche du bataillon De La Chenelière (1er). L'infanterie avance rapidement jusqu'à 600 m du village d'Andechy. Des feux partant des tranchées des lisières ouest et sud d'Andechy obligent les hommes à avancer en rampant. Ils atteignent une ligne à 300m des lisières du village. La gauche du 130e RI donne même l'assaut quoique prise de flanc par des tirs provenant de la côte 98. Le commandant Manet charge à la baïonnette sur la lisière du village mais subit des pertes considérables.

 

A 10h45, les 2 bataillons du 124e RI sont eux aussi sortis de leurs tranchées à environ 1200 m d'Andechy: le 1er (Lambert) à droite, le 2eme (Letondot) à gauche. Le 1er bataillon est rapidement bloqué par des feux puissants. Mais le 2e bataillon progresse lui jusqu'à 400 m du village. Un vide dangereux se produit entre les deux unités qu'il faut rapidement combler avec des compagnies de réserve. Sous le feu des positions allemandes, le mouvement s'essouffle. Les hommes ne progressent plus que par 3 ou 4 s'avançant jusqu'à 300 m de la commune. Un afflux de blessés légers se dessine.

 

 

 

 

Le Sous-lieutenant Jean Strasser. Natif de Paris.

Littéralement éventré lors de l'attaque, il décèdera à l'ambulance N°6 de Warsy.

 

 

 

A 16h30, on forme à la hâte un bataillon d'assaut avec des compagnies de réserve. Il est lancé à l'attaque d'Andechy par le général de brigade, à cheval sur la route Guerbigny/Andechy en vue d'effectuer un mouvement général de ligne. Le mouvement en avant est repris par toutes les unités engagées.

Les 2/124 et 3/124 s'élancent sur la ferme modèle, le 1/124 sur la maison rouge. Le capitaine Frey (9e) réussit, par le nord-est, à pénétrer dans une ferme mais doit se replier. Le capitaine De Kerguénec (4e) parviendra à maintenir son unité à 150 m de la maison rouge jusqu'à 20h00.

 

L'assaut est tenté en divers points mais il échoue devant les réseaux de fils de fer. Un recul de la ligne se produit. Le 124 vient se reformer dans le ravin à l'ouest du bois 94 sauf le 3e bataillon qui reste en devant des lignes. Le commandant Moriceau (3/124) réussit à maintenir une centaine d'hommes à 400 m du village. Les unités se mélangent. La situation est des plus confuses. Une partie du 130 reste avec le 3/124 à porté de main d'Andechy. L'autre partie rejoint le 315e RI dans les tranchées de départ. A la nuit, ces éléments avancés ne peuvent tenir sous un feu concentrique et se replient eux aussi. Le commandant Moriceau doit se retirer vers 5h00, la situation étant intenable au jour naissant.

Les sections de sapeurs désignées pour couper les réseaux de fils de fer ont continuellement progressé avec l'infanterie mais n'ont pu accomplir leur mission.

 

 

 

Capitaine Castieau augustin. Natif de Rouen.

 

 

 

Le 124e RI a un officier tué (lieutenant Bertrand 5e cie), 3 disparus (chef de bataillon Lambert, capitaines Castieau et Fourtier) et 10 blessés. 638 hommes sont tués ou blessés.

 

Le 130e RI a perdu dans cette journée 678 hommes, tués, blessés et disparus ; 15 officiers dont 1 tué (lieutenant François). Le chef de bataillon De La Chenelière, les sous-lieutenant Lefebvre, Strasser et Duplan, mourront des suites de leurs blessures. Le commandant Manet souffre d'une fracture de la cuisse.

 

 

 

 

Capitaine Fourtier pierre. Natif de Saint-Brieuc.

 

 

Les pertes totales s'élèvent à 1287 blessés. Les postes de secours des 124e et 130e sont établis autour de Guerbigny : dans le village même, au moulin situé à l'est, dans les carrières au nord et sur la route Guerbigny/Andechy.

Les ambulances de la 8e DI stationnent à Arvillers (N°1), Davenescourt (N°5) et Warsy (N°6). Cette dernière a été installée entre 15h00 et 16h00 et a reçu la grande majorité des hommes touchés compte tenu de sa proximité. On les loge au château, à l'église et dans une grange. Dans la nuit, les brancardiers de corps s'avancent jusqu'à 200m des tranchées d'Andechy et relèvent les blessés dans les champs de betteraves.

 

Le relèvement des blessés effectué par les brancardiers ne se terminera que le lendemain vers 6h00. Les véhicules de transport du 4e CA ne suffisent pas pour transporter les éclopés. On demande alors le concours des voitures de l'hôpital de Montdidier et de formations sanitaires anglaises et américaines. A 5h00, il ne reste plus que 80 blessés non évacués mais ceux-ci sont pansés et groupés à Guerbigny. Environ 1900 hommes seront ainsi évacués entre 14h00 le 4 novembre et 8h00 le 5. Quant aux inhumations, celles-ci sont faites par les unités elles mêmes mais la tâche est difficile car la plupart des cadavres sont restés entre les tranchées françaises et allemandes.

 

 

 

 

 

 

1Alfred Joubaire, Pour la France, Perrin 1917

 

Sources :

 

- JMO des unités concernées dans la série 26 N

- Historiques des 124 et 130e RI



12/08/2011
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